La taverne des rôlistes

Réflexion et analyse critique sur le JdR en général et sur des JdR particuliers

Loup-garou, je ne sais pas ce qui m'a pris...

Crinos enrage

Le jdr loup-garou a une spécificité qui prend parfois beaucoup de place dans les parties : la rage. Celle-ci est caractérisé par un score attribué à chaque personnage qui définit sa capacité à ne pas entrer en rage lorsqu'il est confronté à une situation stressante. Lorsqu'il entre en rage, selon la situation, le garou va soit s'enfuir jusqu'à être totalement hors de portée de l'objet de son stress, soit attaquer jusqu'à ce que sa cible soit morte et en petits morceaux. S'il combat, le garou enragé dispose de deux avantages : il ignore les malus dûs aux blessures et il peut effectuer plusieurs actions de combat par tour en fonction de ses points de rage. Je me suis demandé si cette définition de la rage correspondait à une vision réaliste des choses.

Crinos donne un coup de griffes
Tout d'abords, qu'en est-il du terme "rage" ? Au départ, la rage est une maladie autrefois fréquente chez différents canidés (notamment) et dont les symptômes sont variés, mais un de ces symptômes occasionnels consiste en des "crises" accompagnées de mousse s'accumulant dans la gueule de l'animal. Le mot "rage" a été récupéré pour désigner, selon la psychologue Michelle Larivey, une catégorie spécifique de colère déclenchée par l'impuissance à se soustraire à une situation non désirée. Ainsi, la rage du jeu Loup-garou ressemble plus au sens "grosse colère" qu'au sens "maladie" et en même temps, il est évident que le choix du terme "rage" pour les loups-garous a une connotation volontairement canidée.
Selon un certain nombre de chercheurs dont Paul Ekman, certaines émotions seraient "primaires" (innées) et d'autres seraient "secondaires" (acquises). Parmi les émotions primaires, on trouve justement la colère et donc une de ses variantes, la rage. Nous avons évoqué les deux réactions possibles du garou entrant en rage et l'une d'elles, la fuite, ne renvoie pas à la colère mais à la peur. Or selon Ekman, la peur (ainsi que sa variante : la terreur) est aussi une émotion primaire mais bien distincte de la colère. Ce sont deux émotions différentes. La rage du jdr renvoie donc en fait à deux émotions qui ont un point commun de taille : ce sont des émotions correspondantes à un niveau d'activation élevé, c'est-à-dire à un état de stress ou d'excitation. Par exemple, la tristesse est une émotion à faible niveau d'activation, contrairement à la joie, la colère ou la peur. Le jet de rage correspond alors à un jet de résistance au stress qui en cas d'échec débouche selon la situation sur un ressenti irrépressible de terreur ou de rage.

Crinos furieux
Les manifestations physiologiques de la colère et de la peur se ressemblent dans une certaine mesure. Dans les deux cas, il s'agit de préparer le corps à une activité physique intense ; le combat pour la colère, la fuite pour la peur. On observe une augmentation du rythme cardiaque, une dilatation des pupilles (améliore la vision crépusculaire), une augmentation des capacités respiratoires (dilatation des bronches) ou encore une hausse de la glycémie. Dans le cas de la colère, on constate en plus une tension musculaire, notamment au niveau facial (qui peut être relâchée par le biais de cris), ainsi qu'une vasodilatation (la peau devient plus rouge). La peur sera préférentiellement accompagnée de vasoconstriction (la peau est pâle) et de sueurs. L'idée selon laquelle la rage apporte au garou un avantage au combat n'est pas absurde et correspond même à une certaine réalité. De la même manière, il est cohérent que lorsqu'un jet de rage raté débouche sur une fuite, le garou ait un bonus reflétant un avantage pour l'exercice physique que constitue la course (meilleure respiration, plus de "carburant" pour les muscles).

Sylvain
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