La taverne des rôlistes

Réflexion et analyse critique sur le JdR en général et sur des JdR particuliers

Hyperbackgroundisation ?

 Des éditeurs backgroundophiles


Schématiquement, un JDR c'est un système de jeu (règles) et un cadre de jeu (background). Chacune de ces deux composantes a une utilité spécifique pour les joueurs. Premièrement, on ne peut pas jouer sans règles. Dans un JDR sur table, il y a forcément une part de règles, même si elles sont parfois minimalistes voir implicites, c'est le système de jeu. Sans cela, il ne s'agit même pas d'un jeu (qu'il soit de rôle ou non). Le background est quant à lui supposé fournir un contexte, un environnement pour les aventures. Le contexte est lui aussi indispensable à un partie de JDR puisqu'une aventure décrira forcément des événements qui auront lieux quelque part. En revanche, on peut tout à fait imaginer qu'un MJ récupère un système de jeu et compose lui-même le background ou inversement. Les deux éléments sont indispensables pour jouer, mais ils peuvent venir de deux source différentes. Rien n'empêche par exemple un fan de "La Compagnie Noire" d'en prendre le background en y greffant les règles du monde des ténèbres. Le contexte peut être décrit de manière extrêmement simple ou très approfondis, tout est possible (mais il est forcément présent). Il y a aussi une certaine souplesse dans les backgrounds eux-même. J'ai lu dans plusieurs livres de bases (notamment "Changelin : le songe") des passages où les auteurs expliquent que le MJ ne doit surtout pas se sentir prisonnier du livre et qu'il ne doit pas hésiter à interpréter ou même à modifier le background autant qu'il le souhaite. Ainsi, s'il y a trop peu de background pour jouer, il est possible de combler ce manque par soit-même. 

Or, il semble que c'est le schéma inverse qui est fréquent : la quantité de background est souvent telle que le MJ a du mal a tout appréhender et que le monde ne sera jamais vraiment exploré. Autrement dit, d'un point de vue strictement fonctionnel, il y a trop de background. Ce genre de commentaire peut s'appliquer à de nombreux jeux, je pense à Earthdawn (avec ses compléments ultra détaillés), Warhammer, Star Wars, les jeux du monde des ténèbres (rien que pour vampire, un complément par clan plus des descriptions de villes, de sectes...). On aura parfois dans le livre de base plus de pages traitant de la description du monde qu'aux règles en plus des compléments parfois en grand nombre et apportant majoritairement du background. La conséquence de cela est que pour maîtriser un jeu en respectant bien le background, il faut énormément de temps de lecture de la part du MJ. Pire encore, il n'est pas possible de faire explorer a ses joueurs l'ensemble des éléments décrits car ils sont trop nombreux. Mais alors, ne s'agit-il pas de travail superflue de la part des auteurs ? Ne pourraient-ils pas gagner du temps en allégeant un peu les pages de background sans pour autant que nous, joueurs, ne nous sentions lésés ? 

Des rôlistes backgroundivores 

Je pense que dans certains groupes de JDR, ce niveau de détails ne sert tout simplement à rien. Je me souviens d'un MJ masterisant Shadowrun en remodelant totalement le background selon la manière dont il le percevait en ne l'aillant lu qu'en diagonale. Cela ne nous avait, en tant que joueurs, pas particulièrement frappé. En fait, je crois que le surplus de background ne se justifie pas pour certains rôlistes. Ce surplus ne sert qu'à une catégorie que j'appellerais pour l'occasion les puristes (ce qui est assez proche des simulationistes du modèle tripartite, mais pas synonyme). Il existe des personnes qui tiennent à bien respecter le background du jeu qu'ils mastérisent, même si cela implique de lire une tonne de compléments. Il y a aussi des personnes (les auteurs de ce blog en font largement parti) qui prennent un plaisir évident à lire des backgrounds ultra détaillés et ce en dehors de toute préparation de jeu. Je pense que c'est un plaisir comparable à celui des geeks qui tentent d'apprendre à traduire l'écriture elfique ou à ceux qui débattent pendant des heures sur les subtilités du fonctionnement du moteur des croiseurs inter-stellaires dans Star Wars.  Si l'on regarde autour de nous ou bien si on fait un peu le tour des forums consacrés aux JDR, on s'aperçoit rapidement que ce qui fait rêver, ce qui crée des communautés de fans, ce sont les backgrounds et de préférence les backgrounds très riches mais pas les systèmes de règles. Il y a donc une forme d'enjeu marketing dans la création de backgrounds plus détaillés que nécessaire car la communauté de fans est le meilleurs atout d'un éditeur notamment pour donner de la visibilité à l'univers en question. Je pense par exemple aux nombreuses manifestations spectaculaires costumées des fans de Star Wars, ou encore les sites, forums ou blogs qui, comme le notre, décortiquent minutieusement les backgrounds des jeux qu'ils adorent, leur donnant ainsi une meilleurs visibilité sur le web. Enfin, comme le disais Tolkien, apporter une grande quantité d'éléments descriptifs du monde permet de rendre ce monde plus réel en donnant l'impression qu'il vit en dehors du champs de vision des PJ. Les backgrounds à rallonge ne sont pas nécessaires au jeu de rôle en tant que tels, mais certains JDR ont un background si riche qu'ils en deviennent des sortes d'œuvres, des livres que l'on peut lire avec grand intérêt sans objectif de jeu derrière. Il faut donc prendre le background pour ce qu'il est : un simple cadre de jeu lorsqu'il fait une longueur qui nous convient, de la littérature lorsqu'il est très long. A chacun alors de voir ce qu'il souhaite piocher. Quelques éléments ? La majorité ? La totalité ?


Sylvain

3 commentaires:

Concernant les règles, il n'est pas rare de trouver des passages notifiés "Règle optionnelle". Mais je n'ai jamais trouvé de passages "Background optionnel" C'est presque dommage car on aurait alors une flexibilité totale pour contenter les occasionnels et les puristes. Par contre je crains que ça ne résolve pas le mépris réciproque que se vouent ces deux groupes lorsqu'ils sont réunis.

 

Très juste. Etant un puriste, quitte à y passer du temps, j'adore me plonger dans les livres additionnels de Warhammer, juste pour l'immersion dans un monde. Et (personnellement), ça me permet aussi de me mettre dans le bain, dans l'ambiance, quand je projette de faire un scénario, et quitte à ne pas tout utiliser, je pioche quelques éléments qui serviront de base, en en laissant une grande partie de côté. C'est un peu comme une grande penderie où l'on choisit quels vêtements on veut (mais j'avoue que la comparaison n'est pas des plus flatteuses ^^')

 

La métaphore de la penderie n'est pas si mal.

Les puristes apprécient d'avoir une très grande penderie pour avoir un très large choix, quitte à ne jamais porter certains vêtements. Les non puristes ne portant que des vêtements fonctionnels préfèrent une petite penderie où ils trouvent rapidement ce qu'ils cherchent.

La seule limite de cette métaphore est liée au commentaire de Tolkien que j'évoque dans l'article. Pour lui, la simple existence d'informations détaillées sur des lieux qui ne seront pourtant jamais visités donne une réalité à l'univers de jeu. Un MJ puriste de Warhammer qui ne joue que dans le vieux monde garde en tête la géopolitique générale, l'existence de peuples exotiques à des milliers de kilomètres, et cela rend le monde plus réel.

D'un autre côté, certains de mes meilleurs souvenirs de JDR proviennent de parties sans prise de tête dans des univers très simplistes (l'oeil noir, D&D...)

 
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