La taverne des rôlistes

Réflexion et analyse critique sur le JdR en général et sur des JdR particuliers

Loup-Garou : Qu'est-ce que la Triade ?


Dans le background du premier monde des ténèbres, la triade est supposée être un ensemble de trois éléments cosmologiques définissant le monde.
Le Tisserand : Selon les ouvrages, on l’appelle aussi « le Tisseur » ou parfois « la Tisseuse ». Il s’agit en quelque sorte de l’ordre universelle. Le Tisserand tendrait à rendre la réalité stable, cohérente et donc compréhensible. Il nomme (fige) et ordonne les choses et les êtres.

Le Sauvage : Autrement appelé « Kaos », le Sauvage est l’antithèse du Tisserand. Il correspond au chaos universel, à l’infinité de possibilités qu’offre la Tellurie. Initialement, le Sauvage est supposé fonctionner en opposition avec le Tisserand. Initialement le Sauvage est sensé “nourrir” le Tisserand, il apporte la matière brute et le Tisserand l’ordonne.
Le Ver : Aussi nommé le « Grand Ver », il est décrit comme un serpent géant enroulé autour de la Tellurie afin de maintenir l’équilibre entre le Tisserand et le Sauvage. Il détruit la Toile pour limiter son extension et pour permettre au monde de continuer d’évoluer, pour ne pas qu’il se fixe définitivement dans un schéma.



On raconte qu’il y a fort longtemps, le Tisserand fut pris d’une folle ambition de domination et parvint à prendre le Ver dans sa toile. Le Ver n’était donc plus en mesure de maintenir l’équilibre de la Tellurie qui tomba peu à peu sous la domination du Tisserand. C’est ainsi que la réalité physique du monde devint de plus en plus stable, cohérente et appréhendable par les humains. Le Ver de son côté serait devenu fou de douleur et de rage et se mit à corrompre tout ce qu’il touchait pour tenter de se délivrer mais aussi parce que son essence fut altérée par celle du Tisserand. On dit que le Ver n’a plus d’unité mais qu’il est divisé en plusieurs “consciences” : les têtes de l’hydre. Il n’incarne plus l’équilibre mais plutôt la corruption, la violence gratuite et la destruction, la folie devient un moyen de se protéger de la Toile du Tisserand (c’est le rite iniatique des Danseurs de la Spirale Noire). Cette mythologie en vogue chez les loups-garous est porteuse d’une ambiguïté remarquable. En effet, qui peut dire si le Ver, le Tisseur et le Sauvage sont des abstractions ou bien des phénomènes bien réels ? Nous allons dans cet article explorer ces deux possibilités.


Hypothèse des Phénomènes
Si l’hypothèse des phénomènes est vraie, alors les trois éléments de la Triade ne sont pas des personnages inventés mais des phénomènes réels découverts par les garous. Le monde des ténèbres (comme le nôtre) est déterminé par des lois générales quelles qu’elles soient (l’équivalent de nos lois physiques). Ici, nous considérons que parmi l’ensemble de lois présentes, il y a trois grandes forces primordiales et universelles qui se bousculent mutuellement. Les résultats immédiats de cette grande bousculade cosmique se trouvent sur la Terre, là où le corps et l’esprit ont été séparés par la membrane créée par le Tisserand (le goulet), privant ainsi les hommes de la dimension spirituelle. On est dans une approche du haut vers le bas, c’est la cosmologie qui influence les garous et les humains. C’est parce que le Tisseur domine ses petits camarades que la science se développe et c’est parce que le Ver est fou et pris dans la toile du Tisseur que parmi les avancées techniques et scientifiques, certaines sont destructrices. Et c’est parce que l’équilibre est rompu entre ces trois forces qu’il y a conflit entre les êtres.

Hypothèse des Abstractions
Selon cette hypothèse, la triade serait une création par les garous de trois « personnages mythologiques » afin de mettre en cohérence leur vision du monde. Ainsi, on est ici dans une logique du bas vers le haut dans laquelle ce qui se passe dans le monde observable donne naissance à une mythologie qui en rend compte. Les garous auraient alors découpé le monde en deux grandes influences en compétition, l’ordre et le chaos. Les garous sont, selon plusieurs sources (Livre de Nod, Loup-Garou : l’Apocalypse…), présents aux côtés des humains depuis très longtemps et ont constaté l’avancée des sciences et de la technique. Ils ont vu les hommes se détacher peu à peu des croyances traditionnelles pour adopter une compréhension scientifique du monde laissant place à moins de mystère, plus « figée ». Il est logique qu’ils considèrent que la personnification de l’ordre ait pris le dessus sur la personnification du chaos. Enfin, dans leur vision des choses, la science et le progrès (issus du Tisseur) comportent à la fois des avantages et des inconvénients. En fait, ils considèrent sans doute que le progrès technique est une bonne chose tant que celui-ci n’est pas destructeur pour l’environnement au sens large. Ainsi, le Tisseur n’est pas « mauvais » en lui-même, c’est sa domination qui l’est. Le côté destructeur de la science et de la technique ne sont pas systématiques, c’est pourquoi les garous font intervenir une troisième personnification abstraite : le Ver, pris dans le filet du Tisserand. Cela fait bien référence à la destruction qui est parfois issue du progrès technique (pollution, accidents nucléaires etc). 

Les éléments de réponse
Il est clair que White Wolf entretient un certain flou sur cette question. Cependant, quelques indices traînent dans différents coins du background. Tout d’abord, on apprend dans le livre des règles que la majorité des garous pense que la Triade est une abstraction. Il est à noter qu'il existe différentes version de ces croyances chez les garous. Chaque tribu peut mettre en avant certains détails plus que d'autres ou attribuer certains faits à une entité plutôt qu'à une autre ; les tribus se distinguent également par leur manière de réagir face à ces trois forces. Parmi les points de discorde on peut noter le sort réservé aux humains (les Enfants de Gaïa souhaitent les protéger tandis que les Griffes Rouges souhaitent plutôt les faire disparaître) ou la tolérance envers la technologie et la civilisation (la tribu des Marcheurs Sur Verre est souvent désignée comme une tribu traitresse). De plus, certains points laissent penser que les garous ont la main un peu lourde sur les superstitions. Par exemple, les Griffes rouges ont systématiquement une tâche rousse sur leur fourrure et prétendent qu’il s’agit d’une médaille offerte par Gaïa pour leur courage. Les autres tribus prétendent que c’est la marque de la honte posée là encore par Gaïa. Ces interprétations superstitieuses basées sur rien montrent que les garous sont, comme les humains, capables de créer de toute pièce des croyances complexes. Cependant, deux arguments sont extrêmement puissants en faveur de l’hypothèse du phénomène. Le premier argument est que cette mythologie est en parfaite adéquation avec notre théorie du Wodium. Or, cette théorie prend en compte les nombreuses informations délivrées dans le background de Changelin et dans une moindre mesure de Vampire. Le parallèle est clair, la compréhension du monde par les humains correspond à la victoire du Tisseur et à l’expansion de la banalité. A l’inverse, l’infinité de possibilités issues du Sauvage passent par le glamour. Les créatures dites « du Ver » que sont les Fomori ou les vampires sont aussi des créatures Banales à cause de l’affiliation du Ver au Tisserand. A l’inverse, les Garous et les Changelins sont des créatures glamoures, affiliées au Sauvage. Le second argument fort en faveur de l’hypothèse du phénomène est qu’un très grand nombre de créatures différentes et éparpillées semblent partager une vision relativement similaire du mythe. Les loups-garous vivent en petits groupes dispersés dans le monde entier et pourtant, ils partagent les mêmes croyances alors que cette légende n’est à priori pas écrite. Pire encore, même les garous serviteurs du Ver (les Danseurs de la Spirale Noire) sont conscients de cette mythologie et revendique le fait de servir le Ver. Ils estiment que la fin de notre cycle ne peut pas avoir lieu car le Ver est prisonnier du Tisserand. Ils ont donc pour mission de détruire le monde afin de pouvoir commencer un nouveau cycle (dans leur vision des choses, servirent le Ver est un moyen de rétablir l’équilibre et de combattre le Tisserand devenu complètement fou, détruire le monde n’est pas une priorité en soi, c’est plutôt détruire le monde du Tisserand. Après, c’est sûr que le processus de destruction initié par le Ver ne fait pas dans la dentelle et ce n’est pas exagéré de parler d’apocalypse... mais bon quand il faut, il faut). Enfin, même les Hengeyokaï partagent cette vision du monde. Ils combattent le Ver et savent que le monde approche de la fin d’un cycle après lequel tout recommencera. Lorsqu’on voit le travail fastidieux qu’était celui de missionnaire qui devait propager la connaissance et la croyance en un Dieu unique, on imagine difficilement que la croyance en la Triade puisse se diffuser dans le monde sans écriture, et parmi des créatures qui vivent dissimulées parmi les humains. Ces éléments amènent à penser que la Triade est probablement un ensemble d’entités existantes dans le monde des ténèbres et pas une abstraction. De plus, nous avons remarqué que White Wolf, habituellement adopte des formulations évasives (“on raconte que”, “certains prétendent”...) pour parler de la Triade sans passer par ces pincettes stylistiques. Dans la forme, la Triade n’est pas décrite comme une légende mais comme un fait. 

Sylvain & Nicolas
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