La taverne des rôlistes

Réflexion et analyse critique sur le JdR en général et sur des JdR particuliers

L'argent dans les JDR


Nous l'avons souvent répété les jeux de rôles sont dans leur immense majorité tournés vers l'aventure. Les banalités de la vie quotidienne sont souvent passées rapidement, voir même occultées. Concernant la gestion de l'argent, on trouve en revanche une grande variabilité de fonctionnements en fonction des jeux.

achat équipement et jdrL'utilité de l'argent dans certains JDR est évidente : acheter des équipements et notamment des armes. On retrouve dans beaucoup de jeux médiévaux fantastiques des personnages qui ne gagnent pas d'argent par leur métier mais uniquement dans le cadre de leurs aventures (primes pour les quêtes réalisées, dépouillement de gobelins...) et qui vont noter précisément sur les fiches la quantité de pièces d'or accumulées. Ces pièces d'or vont ensuite pouvoir être dépensées utilement. Souvent, elles ne serviront pas qu'à l'achat d'armes mais aussi à payer des nuits à l'auberge, ou des rations de nourriture. Dans ce cas de figure, les choses sont plutôt simples à gérer puisque les sommes gagnées le sont à travers les scènes jouées, et les sommes dépensées le sont de la même manière. 

Les choses se compliquent en revanche dans les jeux de rôles plus contemporains, voir un peu futuristes. En effet, les personnages de Shadowrun ou du monde des ténèbres sont susceptibles d'avoir des dépenses très variées et très complexes à apréhender. Prenons un exemple : un personnage vit dans un deux pièces en 
centre ville et paie 600 dollars par mois de location. Il va avoir en plus un certain nombre de dépenses courantes de type abonnements (internet, téléphone...) ou alimentaire. Il est particulièrement difficile d'estimer la somme que le personnage dépense chaque mois. De plus, le décompte de temps dans les jeux de rôles n'est pas toujours très clair. Par exemple, un scénario peut très bien durer plusieurs scéances et ne représenter pour le personnage que deux ou trois jours. Il semble difficilement envisageable compte tenu de la temporalité dans les jeux de rôles de tenir un calendrier précis. Un autre élément génant vient s'ajouter : le métier. Il est clair que les personnages ne vont pas au boulot le matin puisqu'ils sont insérés dans une aventure. Les seuls cas ou c'est possible sont ceux ou les personnages ont des métiers qui justement impliquent l'aventure (mercenaires...). Sans cela, comment expliquer qu'un salaire tombe à la fin du mois (qu'on a du mal à situer donc) si le personnage ne va jamais travailler ? 

Dans vampire la mascarade comme dans les autres JDR du monde des ténèbres, les auteurs ont choisi de réduire au maximum la gestion de cet aspect. On décide à la création de personnage d'un niveau de ressources qui correspond à une information un peu générale sur la richesse du PJ. Ce niveau de ressource va être justifié par le métier, ou par n'importe quoi d'autre (des rentes, un serviteur humain qui donne régulièrement de l'argent, etc). Ici, on ne compte pas l'argent au dollar près, on a juste une idée générale du pouvoir d'achat du personnage. On sait qu'untel est en mesure d'acheter une moto et que tel autre ne le peut pas. En conséquence, on ne gère pas non plus en détail les dépenses, les feuilles de personnages officielles des JDR du monde des ténèbres ne contiennent d'ailleurs aucun espace pour noter les équipements ou l'argent à disposition (contrairement à la plupart des JDR médiévaux).

Concernant l'exercice professionnel, on peut considérer que les choses sont explicables de manière réaliste. En effet, nous avons précisé que les aventures pouvaient durer relativement peu de temps pour le personnage. Un scénario pourrait correspondre à une période donnée de quelques jours dans la vie du PJ. Entre deux parties, le personnage peut vivre sa vie quotidienne et aller au travail tous les matins peut-être pendant des mois. Ainsi, et sans compter les salaires et les dépenses, on garde en tête le fait que le personnage touche un certain niveau de salaire et qu'il peut donc dépenser de l'argent pendant les aventures, mais tout en respectant l'ordre de grandeur correspondant à ses revenus. Un fonctionnement de ce type est formalisé dans Runequest. Chaque personnage a un "métier" qui lui prend un certain temps. Pour chaque métier, les règles nous disent combien de temps il prend aux personnages en pourcentage. Le reste du temps est considéré comme libre et partagé entre les aventures et les entraînements ou études diverses non liés au métier en question. L'activité professionnelle est donc bien réelle mais située en dehors des aventures.

Pour conclure, la gestion de l'argent dépend beaucoup du type de JDR. Les médiévaux sont souvent sur un système ou tout est compté alors que les autres jeux vont généralement chercher à représenter un pouvoir d'achat moyen car les dépenses dans un monde contemporain sont trop compliquées à calculer. Il y a aussi une variabilité dans les sources de revenus. Celles-ci peuvent êtres comprise dans les aventures (paiement pour la mission...) ou bien se situer justement entre les aventures.

Sylvain 

8 commentaires:

La gestion de l'argent dépend également beaucoup de l'ambiance du jeu. Le côté "course aux pièces d'or" des donjons de notre (enfin, surtout mon) enfance, ça va dans les jeux qui ont un côté compétitif, mais ça peut vite devenir obsessionnel. J'ai un (douloureux) souvenir de joueurs qui jouaient des flics dans Tigres Volants et qui, systématiquement, fouillaient les poches de corps qu'ils croisaient.

Les systèmes abstraits, comme les Ressources des jeux White Wolf ou, dans le cas de Tigres Volants, le niveau social, sont justement prévu pour faire passer argent et équipement dans le domaine de l'abstrait: on ne parle pas de ce qui est le tout-venant, on se concentre sur l'exceptionnel.

 

Money for something!
en dehors des choix "comptage par piécette" ou "niveau de vie", le thème des revenus me pose en pratique jdr la question de l'usage que les PJ en ont. Si ce n'est que pour parer aux nécessités du quotidien d'un quelconque quidam ou pour optimiser un peu l'équipement, le problème me semble secondaire et doit pouvoir se résumer à un ajustement des règles par un simplex renvoi au "niveau de vie" approximatif donnant simplement une indication de la classe sociale à laquelle le sus dit PJ appartient. Cela permettant de résoudre la question du type métro, voiture ou jet privé... repli au château, au loft ou à la cave...
Si en revanche, les PJs s'en servent pour obtenir un pouvoir d'influence politique ou occulte ayant une réelle et importante répercution sur les scénarios... ca se corse sérieusement pour le MJ.
En ce qui me concerne je prend grand soin d'évaluer le revenu, les biens mobiliers et immobiliers de tels personnages... et surtout la manière et le temps pris pour s'en occuper. Car bien évidemment, dans la plupart des JDR comme dans la vie, la force d'une organisation plus ou moins tentaculaire est généralement supérieure au pouvoir personnel de n'importe quel super héros solitaire... quoi qu'en disent les fans américanophiles de Marvel (dont je suis.) Hors, que votre PJ ambitieux prétende avoir les moyens de tenir un cartel, une baronnie ou un réseau ventru... il peut dans nombre de cas, assez aisément résoudre (en lâchant quelques milliers de crédits,) bon nombre des problèmes qui se posent au PJ moyen solitaire de la plupart de nos tables de jdr. Situation inacceptable pour les autres joueurs et le MJ, même si ce dernier peut y trouver passionnante matière à intrigue.
Ne rien faire et laisser dire, ne rien dire et laisser faire? Surement pas! Dans ces cas le MJ devra AMHA très précisément tenir le compte des income/ outcome du joueur concerné, évaluer dans quelles mesures ces ressources peuvent être mise à contribution dans le cadre des „aventures“ engageant le PJ avec les autres et trouver un moyen de limiter/neutraliser efficacement cet avantage majeur lorsque le besoin scénaristique le demande. Dans le cas contraire votre QG ennemi ou votre donjon risque bien d'être pris d'assaut par une cohorte mercenaire envoyée au casse pipe à la place de vos Pjs superviseur confortablement installés sur la colline ou derrière l'écran de contrôle tactique à des kilomètres des opérations „réelles“...
money power for everything!...

 

Pour l'argent comme pour le reste, il me semble que la doctrine de base doit s'appliquer : est-ce intéressant et pertinent ?
- Oui ? Développez-le!
- Non ? Foutez-le à la poubelle!
Comme on le disait, dans les jeux futuristes (Tigres Volants par exemple), un simple niveau de revenu va très bien. Le personnage est-il un flic très moyen ou joue t'il les dandys dans les donjons parisiens ?
Vous êtes à la tête une compagnie mercenaire ? Comptez les moindres sous de cuivre, vous êtes le payeur après tout.
Dans le cas de Pandora 2142, j'ai pris un malin plaisir à ne jamais chiffrer l'argent (la RDA propose "un très joli contrat") sauf pour l'économiste du groupe, lequel avait accès à de nombreux diagrammes, fonctions, modèles, etc.
Ceci s'applique à tous les domaines, ne vous laissez pas embarquer dans des histoires de PVs s'il n'y a pas de raison.
MJ

 

D'accord avec MJ.

Dans D&D, je ne me posais même pas la question : les héros n'ont souvent pas de métier fixe et l'aventure est leur seule source de revenus et libre au MJ de fixer les apports à sa guise.

Mais même dans D&D, tout va dépendre aussi de l'importance qu'accorde le MJ à l'argent. Dans ma dernière campagne de Ravenloft, en pleine Barovie (genre la suisse médiévale dans des villages paumés, cadre rural à l'extrême), l'argent ne servait pas à grand chose, sauf éventuellement à régler les dépenses courantes (auberge, taverne, un peu de matériel et de vivres) et corrompre par-ci par-là quelques gardes...

Mais question armes et armures, ils ne trouvaient pas mieux que ce qu'ils avaient déjà, et je distribuais les objets magiques de manière très sporadique et très très réfléchie (et surement pas en vente dans les mains d'un quelconque marchand).

Au final les "PO" n'ont jamais vraiment été ressenties comme d'une importance folle vu qu'elles ne permettaient pas d'obtenir un avantage conséquent, ou même de faire avancer le scénario.


Dans un jeu tel que l'Appel de Cthulhu, le problème est potentiellement plus important dans le sens où un personnage riche aura souvent le bras long et aller jusqu'à se permettre un soutien juridique (avocats et compagnie) pour faire pression sur un PNJ du scénario; ou engager des hommes de main; faire du lobbying... Il peut être difficile de poser des limites si de base on a accordé la création d'un PJ riche.

De manière courante, je ne pense pas que l'argent soit un problème majeur non plus si les investigateurs sont de classe moyenne ou pauvre. Dans un style "investigation occulte", Delta Green en particulier, les investigateurs n'auront généralement pas de dépenses faramineuses à effectuer; et la plupart des frais courant sont réglés par l'agence. Généralement l'équipement règlementaire est fourni lui aussi, et les agents ont souvent accès à un large éventail d'armes.

D'ailleurs dans ce jeu, la gestion de l'argent se fait grâce à une carac "niveau de vie", sans représentation concrète de la somme d'argent dont dispose le PJ. Lorsqu'il s'agit d'une dépense "courante" (payer un restau, un café, le plein d'essence, etc...), on considère (dans des circonstances normales) qu'il n'y a pas de problème. Et en cas d'achat plus conséquent (genre la location d'un hélicoptère hors frais d'agence? ^^), on peut faire un test pour voir si le PJ dispose actuellement d'une telle somme.

Je trouve ce système bien adapté aux JDR contemporains car dès qu'on veut rentrer dans le détail (revenus, loyers, dépenses courantes, etc), les comptes peuvent être inutilement compliqués... On lorgne alors vers un jeu de gestion...

 

D'un point de vue personnel, lorsque j'ai commencé à masteriser du White Wolf, j'ai été pas mal dérouté par l'absence de gestion de l'argent et des biens matériels en général : pas de cases pour décrire les équipements dans la feuille de perso, mais pas non plus d'équipement (avec prix etc) dans les livres de base.

Cela signifie qu'il y a une zone de flou, tout un pan d'objets qui ne sont pas décrit clairement en termes de règles. Je crois que ce choix vient (comme ça été dit par certains) principalement du fait que ça serait plus ou moins ingérable dans un monde contemporain.

Après évidemment, on peut n'en tenir compte que lorsque c'est utile (les exemples des mercenaires sont bons), sauf qu'on ne sait pas forcément à l'avance qu'un des joueurs va décider de faire des gros achats qui mettrons à mal les estimations à la louche.

Je me souviens d'un JDR amateur contemporain dans lequel le MJ ne faisait qu'estimer l'argent que nous possédions. Seulement voilà, nous avions décidé de braquer une banque, de compter l'argent du butin, et là on voulait du chiffre précis parce qu'on avait l'intention de faire de gros achats matériels avec (une fourgonnette blindée avec une tourelle sur le toit, plus diverses armes lourdes). Le MJ a dû, sans préparation estimer la valeur du butin, l'argent qu'on avait avec nous pour l’additionner, puis estimer la valeur de la camionnette.

Résultat, un break dans la séance pour une session calculatrice et recherches pour estimer la valeur de la camionnette, du blindage, de la tourelle, la quantité d'argent qu'une banque peut avoir parce que nous n'avions aucune idée de tous ces éléments.

J'ai donc l'impression que l'argent dans un monde contemporain peut toujours être un problème :
- c'est dur de chiffrer à causes des salaires, loyers etc
- il est parfois indispensable de chiffrer, au moins grossièrement

 

Bonjour,

Je découvre naïvement le monde des jeux de rôle, et après lecture de ces articles, je me pose deux questions.

1 - Y a-t-il réellement des personnes qui n'ont pas de métier fixe et qui vivent grâce aux jeux de rôles ?

2 - Les jeux de rôles impliquent-ils l'argent personnel des rôlistes ?

Je conçois ma question très naïve, mais encore une fois je découvre ce monde que je ne connais pas du tout et que j'appréhende tout doucement.

Merci d'avance pour votre réponse.

V

 

Je vais tenter de répondre le plus clairement possible.

"1 - Y a-t-il réellement des personnes qui n'ont pas de métier fixe et qui vivent grâce aux jeux de rôles ?"

Les seules personnes qui vivent (financièrement parlant) grâce au jeu de rôle sont les professionnels du milieu (vendeurs, éditeurs, auteurs...). Un rôliste (joueur de jeu de rôle) ne gagne pas d'argent en jouant. Je ne sais pas si ça répond à la question...

"2 - Les jeux de rôles impliquent-ils l'argent personnel des rôlistes ?"

Absolument pas. Le JDR n'est pas du poker. L'argent manipulé dans les jeux de rôles n'est qu'imaginaire : un nombre noté sur une feuille de personnage.

Dans l'article ci-dessus, nous parlons des métiers des personnages et de leurs salaires. Il s'agit bien des "personnages" (c'est-à-dire les individus imaginaires qu'incarnent les rôlistes) et pas de "joueurs" (les vrais gens autour de la table qui jouent au jeu de rôle).

 

Dans donjon et dragon, accumuler de l'argent était surtout une fin en soi

 
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