Jouer la bêtise




J’ai lu récemment et avec beaucoup d’intérêt un article du Blog2rolistes qui se demandait comment il était possible de jouer un personnage plus intelligent que soi. Par le terme « intelligent », ici, on entend ici quelque chose de très large incluant à la fois la vivacité d’esprit et les connaissances. Pour ma part, je considère que l’intelligence peut dans une certaine mesure être simulée dans un jeu de rôle. On peut utiliser les caractéristiques et les dés pour déterminer si on dispose de telle connaissance et on peut se préparer par des techniques spécifiques pour jouer un personnage aux attitudes intellectuelles (voir «Jouer la sagesse» sur PTBPTG où l’auteur donne des trucs faciles à appliquer pour jouer un personnage philosophe crédible). Toutefois, si pour jouer l’intelligence on peut s’appuyer sur des mécaniques annexes, qu’en est-il pour jouer la bêtise ? Comment un joueur peut-il se débrouiller pour jouer un personnage peu vif et ayant moins de connaissance que lui ? 


Connaissances

Il est fréquent que le joueur dispose d’un certain nombre de connaissances que le personnage n’a pas. Admettons que dans un JdR médiéval, j’ai à ma table un joueur chimiste. Si jamais il s’aperçoit que son personnage a en sa possession les ingrédients suffisants pour synthétiser telle ou telle substance aux étonnantes propriétés explosives/acides/soporifiques, il risque d’y avoir un décalage avec les connaissances du personnage. Pourtant, ce genre de cas se règle assez facilement, puisqu’on peut tout à fait utiliser les mêmes méthodes que lorsque le joueur a moins de connaissances que son personnage : utilisation du bon sens (« ton personnage ignore cela ») ou d’un jet « d’intelligence » ou de la connaissance spécifiquement concernée. Il y a tout de même une différence notable entre le jet d’intelligence (où le personnage pourrait avoir une connaissance que le joueur n’a pas) et le jet de bêtise (où le joueur a une connaissance que le personnage pourrait ne pas avoir). Si je rate un jet d’intelligence, je suis dans le même état d'ignorance que mon personnage. Si je réussi, j’ai accès à la même connaissance que lui. Pour le jet de bêtise, en revanche, soit le personnage accède à ma connaissance, soit il n’y accède pas mais j’ai pour ma part toujours cette connaissance. Autrement dit, le jet de bêtise peut impliquer de demander au joueur de ne pas tenir compte de certaines de ses connaissances. Cela nous renvoie aux problématiques liées aux informations illégitimes que nous avons déjà évoqué par le passé.

Compréhension

Le décalage d’intelligence entre le joueur et le personnage peut aussi concerner des composantes plus fluides comme la compréhension d’une situation complexe, la planification d’une attaque sophistiquée, l’anticipation de risques, le recoupement de nombreuses informations éparpillées pour tirer des conclusions, etc. Sur ces différents aspects, le joueur n’est pas forcément au même niveau que son personnage. Dans certains cas, le joueur sera plus malin qu’un berserker orque. Lorsqu’il est au milieu d’un champ de bataille, ce qui est sans doute la place d’un berserker orque, cela ne pose aucun problème, mais ce décalage peut-il être simulé dans les situations plus cérébrales ? Comme pour les connaissances (paragraphe précédent), la bêtise pose plus de problème que l’intelligence. Un joueur qui ne comprend pas quelque chose peut, s’il réussit un jet d’intelligence, recevoir un coup de pouce (« Son arme, c’est un 38. Tu sais, un 38, comme l’arme du crime »). Si au contraire le joueur fait un rapprochement (« nom de Dieu, son arme ! C’est le tueur ! ») alors que son stupide personnage ne devrait pas en être capable (avec ou sans jet pour le simuler), il est difficile d’imaginer le joueur faire abstraction de ce qu’il a compris. Ce décalage crée un inconfort qui peut être résolu par un effort du joueur négligeant sa compréhension, soit par un effort du personnage par un procédé similaire aublanchiment d’informations (i.e. en trouvant un moyen détourner pour pouvoir considérer que son personnage a en fait compris la situation).

Conclusion

Le décalage d’intelligence entre un joueur et son personnage est de toute façon quelque chose de plus ou moins compliqué à gérer. Cependant, nous avons vu que cela dépend du sens de ce décalage. Un personnage trop intelligent peut se simuler par les dés alors qu’un personnage trop bête, s’il se simule de la même manière devient automatiquement générateur d’informations illégitimes.

Sylvain 

2 commentaires:

  1. "Si le réussi, j’ai accès à la même connaissance que lui."

    Il y a une petite coquille dans la phrase : c'est "Si JE le réussiS"

    Bonne journée !

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  2. Corrigé, merci !

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